Pas D'atom

1er Avril En route pour Koytendag

Il est 6h du matin. La nuit a été courte mais profitable. Contrairement à la veille, le lit était confortable et la douche agréable. Je regarde par la fenêtre, les chauffeurs sont déjà là. En fait ils ont dormi dans les voitures car il était trop tard lorsqu'on est arrivé pour qu'ils se cherchent un hôtel.
Le petit déjeuner est très bien. Outre le café, le pain et la confiture, on a droit  à un plat chaud à base de saucisses et d’œuf au plat que l'on s'empresse d'avaler après tous ces repas froids.
Aujourd'hui on ne doit faire que 350 km soit 5h de route d'après Batir pour rejoindre la base touristique de Koytendag dans l'extrême sud du pays. J'en doute un peu. Avec Jacky nous ne sommes même pas sur qu'il soit déjà allé là bas. Vincent fait comme si c'était vrai et décide que nous passions un moment au marché de la ville. Évidement notre guide n'est pas d'accord.
La ville vieille de 2000 ans s'appelait jadis Amoul. Elle a été, comme on s'en doute, rasée par Gengis Khan puis reconstruite sous le nom de Charjou avant que Niyazov la rebaptise Turkménabat qui veut dire "la ville des turkmènes". C’est la deuxième ville du pays. Le marché au trois quarts couvert est très animé. Comme dans tous les marchés, il y le quartier réservé aux fruits et légumes, un autre à la viande, un autre aux poissons, une autre aux habits,etc..
 Une échoppe vend des robes de cérémonie pour petites filles.
 Il y a même un commerçant coréen qui vend des plats coréens.
 Une jeune fille et sa sœur.
Deux petits vendeurs qui voulaient à tout prix poser.
 La vendeuse de pain
 On a acheté à cette jeune dame de savoureux beignets fourrés à la viande.
Les gens sont comme d'habitude très chaleureux et veulent tous se faire prendre en photo. Une vendeuse de foulard discute même avec Jackie.
Elle ne parle que turkmène ou russe et Jackie que français ou anglais, mais elles arrivent tout de même à discuter de leur vie de famille. La vendeuse émue fait même cadeau d'un foulard à Jackie et se fâche  quand celle-ci veut la payer.
Il n'y a aucun forcing de leur part pour nous vendre quelque chose. En fait nous sommes l'attraction du marché.

On passerait des heures ici mais il nous faut maintenant repartir. Batyr est furieux qu'on ait passé tant de temps ici.
L'extérieur du marché est un marché de voitures d'occasion de particulier à particulier.
Voilà c'est reparti, direction le sud. Il y a des champs de coton de tous côtés et d'énormes tracteurs qui en charrient.
Premier arrêt au bout de quelques kilomètres au pied des ruines de la forteresse de Soltaniyaz Bey qui a été détruite au 19ème siècle par les émirs de Bukhara. Elle parait dater de beaucoup plus. Nous faisons là une pose café fort agréable. Batyr nous dit que cela date de l'époque Seldjoukide mais il n'en sait pas plus.

Au bout de 200 km nous arrivons au mausolée d'Alamberdar, un des plus beaux exemples d'architecture du 11ème siècle au Turkménistan.

En fait, il n'y a personne dans le cercueil que je rabaisse donc au rang de cénotaphe, maintenant que je connais le mot. Personne ne sait, et surtout pas Batyr, pour qui a été bâti ce mausolée.
Quelques centaines de mètres plus loin nous nous arrêtons pour déjeuner devant des ruines inconnues de Batyr. Un panneau nous indique qu'elles datent du  7ème siècle.

 Le coin au bord d'un canal est envahi de grenouilles qui en pleine saison des amours font un sacré vacarme.
Après ce petit interlude, nous avançons encore de quelques centaines de mètres jusqu'au mausolée d'Astana Baba. Ce dernier a une architecture étrange.
Une partie date du 12ème siècle. Le reste avec entre autre la salle avec les deux sarcophages est plus récente (19ème siècle).
 La légende veut qu'à la mort de sa fille, une semaine après son mariage, son père l'illustre Ali Nur Ogly Zuvedia lui fit construire un magnifique mausolée. Ce dernier s'écroula aussitôt. Il recommença l'opération deux fois avec le même résultat jusqu'à ce que, sur les conseils avisés d'un vieil homme, il ajoute de l'eau et du sable de la Mecque. Ce qui fut fait et oh miracle le mausolée a subsisté.
Beaucoup de fidèles viennent prier dans ce mausolée. Ils tournent autour des deux sarcophages ou cénotaphes plutôt, dans le sens des aiguilles d'une montre tout en priant.Ils ne protestent pas du tout de notre présence et se laissent prendre en photo, ce que nous ne faisons pas, par respect pour eux.
Dans une autre salle avec un autre cénotaphe, il y a de magnifiques tapis de prière.

 Il est 14h30. Nous reprenons notre périple jusqu'à Atamirat. Cette ville sur la route de la soie a été rebaptisée par devinez qui, "Atamirat" du nom de son père qui y aurait enseigné.
C'est là que nous traversons l'Amou Daria sur un pont flottant. Seuls ce type de pont permet de composer avec ce fleuve capricieux. Il existe bien un pont en construction mais il est réservé au train.
Nous traversons donc sur notre pont constitué de barges reliées entre elles par une passerelle métallique. Il est bien sur interdit de le photographier. Je m'y risque quand même en douce mais le résultat n'est pas brillant.
De l'autre côté, on a droit à notre contrôle de passeport. A partir de là, la route qui était à peu près correcte devient franchement impraticable et il se met à pleuvoir . Heureusement la pluie ne dure pas. On avance tant bien que mal lorsqu'on aperçoit un gars qui nous fait signe de nous arrêter. On obtempère et on fait bien car on arrive au niveau d'un pont dont une partie vient de s'écrouler. On descend et les chauffeurs arrivent à le traverser en roulant tout doucement sur les traverses. On retourne tous sur les lieux pour constater les dégâts quand soudain, Jacques le clermontois, disparait soudain dans un trou. Vincent le rattrape in extrémis. Plus de peur que de mal.
 On met des branchages ornés de bouteilles d'eau pour signaler le danger aux futurs véhicules. Mais je pense qu'après un ou deux camions, il n'y aura plus de pont.
Vous pouvez en outre apercevoir sur la droite de la route un tuyau de gaz précairement posé comme d'habitude.
Comme nous nous étonnons que ni lui ni les chauffeurs ne préviennent les autorités, Batyr nous répond que personne ne le fera car c'est remettre en doute la fiabilité du réseau routier de ce grand pays! On repart donc sur notre route complètement défoncée.
Vers18h nous atteignons un point de vue qui nous permet de voir les montagnes de l’Afghanistan à quelques kilomètres de là.
Du fait de cette proximité peut être, il y avait un énorme problème de consommation d’héroïne au Turkménistan. Mais Batyr nous dit que le gouvernement l'a complètement éradiqué. On en doute car ce serait bien le seul pays qui aurait réussi cet exploit!
Nous profitons de cette pause pour demander à Batyr combien de temps il nous reste avant d'atteindre la base de tourisme, but de notre voyage. Il pense qu'il y en a pour 2h. Jackie et moi n'y croyons pas. Nous disons à Vincent que la durée de trajet de 5h annoncée est plus que dépassée, même si on compte les arrêts. Il ne semble pas conscient de ce fait. Le pire est à venir. La route ressemble maintenant à un champ de mines. Les véhicules ont de plus en plus de mal à se frayer un chemin entre les cratères.
 19h30. On s'arrête dans un restaurant pour dîner. Dans ce pays il est très difficile de deviner les restaurants car il n'y a ni inscription ni enseigne. Seuls les autochtones ont ce savoir faire. Le repas est maigre, bouillon de bœuf; mais avec de la bière ça nous remonte un peu le moral qui est en berne. Il est 21h 30 lorsqu'on reprend la route.Batyr nous promet qu'il n'y en a plus que pour 1h. La nuit commence à tomber. On n'est pas rendu!
A chaque village traversé, nous pensons que c'est le dernier. Il y a énormément de monde, surtout des jeunes, dans les rues à cette heure avancée de la soirée. Il est 23h quand nous arrivons à la base de loisir. Sur le portail fermé, il y a écrit "base géologique". Après avoir réveillé les gardiens qui ne nous attendaient plus on pénètre dans la base géologique. Les bâtiments préfabriqués semblent dater de l'époque soviétique. Fourbus nous nous installons avec Vincent et Jacques dans une de ces cabanes pour vite nous endormir.


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