Dès que le jour se lève on va déjeuner sur une grande terrasse en bois couverte au bord de l'eau. Le camp est en effet situé près d'un barrage artificiel.
Vincent qui veut toujours croire à la base touristique pense que c'est sur cette terrasse que les gens viennent s'amuser et danser à la belle saison. Hélas, on apprendra un peu plus tard que c'était les baraquements dans lesquels on a dormi qui étaient là. Ils ont été déménagés pour une raison de sécurité quelconque.
Les installations de la "base touristique" sont précaires. Les toilettes sont rudimentaires et ouvertes aux quatre vents si bien que la plupart d'entre nous va se cacher dans la nature pour faire ses besoins. Les lavabos se résument à un petit bidon avec robinet et un morceau de miroir ,accroché à chaque bâtiment.
La photo est trompeuse car les baraquements font plus pimpants que dans la réalité. Il s'agit en fait d'un endroit que les équipes de géologues utilisent comme camp de base lors de leurs recherches sur le plateau.
Aujourd'hui nous devrions visiter des traces de dinosaures, des canyons, des grottes et passer une nouvelle nuit ici. Demain on devrait rejoindre Mary situé dans le centre du pays après 580 km, 7h de route selon Batyr. Nous ne voulons pas passer une nuit de plus ici et le trajet du lendemain nous semble complètement intenable sur une journée, vu ce qu'on a vécu hier.
Nous proposons donc à Vincent de repartir ce jour même et passer la nuit à Atamurat, là où on a traversé l'Amou Daria. Lui propose d'aller voir les traces puis de partir sur Atamurat. Mais Batyr n'arrive pas à nous donner le temps approximatif pour aller jusqu'à ces fameuses empreintes. Évidement, il n'y est jamais allé! Après une discussion plus que houleuse,Vincent accepte à contre cœur notre plan. Tant pis pour les dinosaures. De toutes façons il y en a dans les Cévennes!
Avant de reprendre la route infernale, nous nous arrêtons dans le village pour faire quelques provisions.
Les maisons sont joliment décorées.
Les habitants se réclament descendants de Gengis Khan. C'est vrai qu'ils ont le type mongol.
Le paysage est plus riant qu'hier. Il y a beaucoup de verdure et de fleurs. Les montagnes enneigées et la frontière avec l'Ouzbékistan ne sont pas loin.
Nous traversons ensuite un plateau avec en contrebas un petit canyon verdoyant et fleuri. C'est là qu'il faut venir camper plutôt que d'aller à la base touristique.
Lors de cette halte nous assistons dans le ciel à un regroupement immense de grands oiseaux échassiers, des grues nous disent les chauffeurs.
A la sortie d'un grand village, nous traversons une ligne de chemin de fer. C'est la première et unique fois où les chauffeurs ne respectent pas le panneau stop. Il y a là une carrière de terre d'où déboulent une multitude d'énormes camions semi remorques chargés jusqu'à la gueule. Pas étonnant que les routes soient défoncées. Ce sont des véhicules chinois
Nous nous arrêtons ensuite à la station thermale de Kainar Baba pour une pause café.. Ça sent le soufre! Elle est parait-il très prisée des habitants du coin. Pour le moment, à part nous, il n'y a que des vaches qui viennent prendre leurs eaux.
Je me sent crade et décide donc de prendre un bain. L’eau est à 20°C et a un goût curieux mais ça fait du bien.
Pendant ce temps Jackie visite le sommet de la colline où se trouve un petit mausolée avec les désormais traditionnels morceaux d'étoffes.
On reprend la route jusqu'au restaurant touristique de la veille. On s'y arrête de nouveau pour le déjeuner. Il y a toujours autant de monde.
Le repas est identique avec en plus tout de même, un morceau de tarte fourrée au bœuf..
Il fallait ça pour attaquer la route immonde. On dirait que la guerre de l’Afghanistan, très proche s'est propagée jusqu'ici et que les avions américains ont raté leur cible de quelques kilomètres.
Heureusement que les paysages sont beaux car on a le temps de les admirer.
Cette photo est très émouvante car, on l'apprendra par la suite, ce monsieur est mort d'une crise cardiaque le soir même en arrivant à Koytendag. Je n'ose pas imaginer la panique des 3 jeunes, dans ce coin paumé et où le téléphone ne passe pas. Encore parlent-ils le russe, eux!
Nous arrivons maintenant au fameux pont en mauvais état. Il est maintenant complètement écroulé car cette nuit un camion a traversé le tablier et est tombé dans la rivière. Des grues essaient de le sortir de là. On veut prendre des photos mais un policier nous l'interdit. On essaie quand même à la sauvette.
Le chauffeur qui n'a été que légèrement commotionné est dans tous ses états. Le gouvernement veut lui faire payer le dépannage et la reconstruction du pont. Ce dernier était solide et n'aurait pas été détruit sans la malveillance du chauffeur!
Comme on ne peut pas traverser la rivière, il nous faut prendre pendant quelques kilomètres une déviation. C'est l'horreur. La piste défoncée et étroite longe des marécages. Les camions qui l'empruntent ont les roues presque dans le vide. Chaque fois qu'on en croise un, il faut se serrer sur le bord au risque de tomber.
Et toujours le tuyau de gaz!
Pendant un moment on roule avec un camion devant et un derrière. Si celui de devant tombe en panne ou a un accident, on est mal car on ne peut même pas faire demi tour.
Au bout d'une demie heure on retrouve la route dite normale. On voit pas mal de véhicules aller se fourvoyer vers le pont quelques kilomètres plus loin avant de rebrousser chemin. Le policier qui nous a empêché de faire des photos ferait mieux de se placer là pour indiquer la déviation.
Voilà maintenant la route devient presque correcte. On croise un curieux tracteur à 3 roues. Il parait que c'est un engin spécialisé pour travailler les champs de coton.
Plus loin, des side-cars, véhicule économiques qui servent à toute sortes de transport.
On est en plein jour mais les lampes dans les cours des maisons sont allumées. Peut être parce qu’ils ne paient pas l'électricité. Ces façades n'ont l'air de rien mais au delà de l'entrée modeste, il y a une grande cour arborée avec la maison au fond.
Après le poste de police on repasse le pont flottant. Le chauffeur nous demande d'enlever nos ceintures de sécurité au cas où on tombe à l'eau. C'est bizarre, dans l'autre sens, il ne nous l'avait pas demandé. Nous arrivons à Atamurat et à notre hôtel. Il est 18h. On est parti vers 9h ce matin.
La chambre est rustique mais acceptable. Nous allons dîner au restaurant de l'hôtel. Au menu: spaghettis et poulet arrosé de bière chaude. Batyr nous raconte avec fierté les tractations financières qu'il a dû mener avec sa future belle famille pour se marier.Comme dans beaucoup de pays dans le monde, on achète sa femme comme si c'était une marchandise. Il a un côté macho détestable. Sa femme doit lui rester fidèle et belle alors que lui peut la tromper et se permettre de grossir maintenant qu'il est casé. Il est l'heure maintenant d'aller se coucher.
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