Achgabat ou Bouygues City signifie "ville de l'amour" selon la légende qui évoque une sorte de remake de Roméo et Juliette.Elle est aussi appelée ville blanche à cause de ses nombreux immeubles en marbre blanc.
Peuplée d'un peu moins d'un million d'habitants (le cinquième de la population), elle s'est bâtie au XIX ème siècle sur les ruines d'un ancien village. Elle a été détruite en 1948 par un violent tremblement de terre qui a tué 170 000 personnes ,14 000 selon la police, pardon les soviétiques.
Depuis environ 20 ans, elle voit surgir chaque année de nouveaux bâtiments officiels tous plus grandioses et bizarres les uns que les autres.
Voilà le ministère de l'information en forme de livre ouvert parait-il
Nous voilà de nouveau au centre ville. Après un bref passage à l'hôtel nous allons boire un café turc chez Carli. Le café est très bon. En fait l'endroit fait salon de thé et pâtisserie. Il est très prisé de la population aisée et des expatriés qui viennent tromper leur ennuie ici.Effectivement un groupe de Français débarque avec des enfants. Si c'est la seule distraction du coin, ils vont vite grossir!
Nous partons visiter un peu la ville à pied . La traversée des carrefours est assez aventureuse. Malgré les passages cloutés, les automobilistes ne se soucient pas des piétons. Je dirais même plus, ils leurs foncent dessus! Les voitures sont en majorité des voitures d'occasion, surtout des japonaises, achetées dans les émirats arabes. Il y a très peu de véhicules russes comme les Lada que l'on retrouvera plus fréquemment en dehors de la capitale.
On passe devant un marché. C'est un ancien marché couvert russe investi par les turkmènes depuis l'indépendance. Il y a beaucoup d'étals de fruits et de légumes et énormément de monde.
Les femmes turkmènes sont grandes et minces. Dans leurs longues robes traditionnelles et presque moulantes qui descendent jusqu'au chevilles, elles sont magnifiques. Dommage que leurs chaussures en plastique ne soient pas à la hauteur. Les femmes turkmènes mariées portent un foulard sur la tête et les jeunes filles célibataires se reconnaissent à leurs tresses et un petit chapeau. Les femmes russes ou les jeunes turkmènes libérées sont habillées à l'occidentale, bien souvent en jeans, parfois même en mini jupe. Dommage qu'il soit interdit de prendre des photos dans ce marché. On ne brave pas l'interdit car il y a beaucoup de policiers qui déambulent. On se rattrapera sûrement dans des villes plus petites.
Nous atteignons la place de l'indépendance où se trouve le monument du même nom.
La hauteur de 118m de ce monument commandée par Niyazov a été calculée de la façon suivante: 91 m pour l'année de l'indépendance (1991) plus 27m pour le jour (27 octobre). Heureusement que ce n'était pas le 1er Janvier 2000 car elle n'aurait fait qu'un mètre!
Elle est gardée par 5 vaillants guerriers représentant chacun une des tribus fondatrices. Voici l'un d'eux.
Devant la colonne qui se visite, mais seulement par des personnes de haut rang, il y a deux vrais gardes immobiles. Il doivent rester ainsi deux heures. Ce doit être les punis de la caserne. Je ne sais pas pourquoi, mais eux on a le droit de les prendre en photo.
Nous descendons ensuite une esplanade déserte avec de nombreuses fontaines et de grands immeubles d'habitation couverts de marbre blanc.
Ces immeubles sont en grande majorité inoccupés car les prix sont inabordables pour le commun des turkmènes.
De plus à cause du régime, les gens ont peur de s'endetter jusqu'au coup et se voir un jour spolier de leur bien parce que le gouvernement en aura décidé ainsi. Ces immeubles vont rapidement se délabrer si ce n'est pas déjà le cas. Construits pour la plupart par des entreprises turques, respectent-elles les normes anti sismiques dans cette région soumise à de fréquents tremblements de terre? Rien n'est moins sur.
Bouygues a-t-il aussi respecté ces règles pour tous les bâtiments qu'il a réalisé?
Pour construire ces quartiers, l'état a déplacé tous les habitants qui y vivaient pour les reloger en périphérie de la ville dans des maisons individuelles. A cause de ces immeubles Achgabat est aussi surnommée "la ville fantôme".
Cet ensemble de monuments, de fontaines et d'esplanades est, il faut bien l'avouer, très beau.
L'esplanade que nous traversons est absolument déserte.
Batir nous explique que tous les premiers dimanches du mois, il y a là un grand marché aux pastèques et que c'est noir de monde. Il y a même de la musique et les gens dansent. On ne le croit qu'à moitié.
Au bout de cette esplanade se trouve une statue énorme de l'inénarrable Niyazov.avec à ses pieds les aigles à 5 têtes représentant, comme c'est bizarre, les 5 tribus fondatrices.
Sur la photo de Wikipedia et derrière l'arche on aperçoit encore un monument délirant en forme de boule noire. Il s'agit du monument du tremblement de terre de 1948. Un taureau agite la terre entre ses cornes. Au dessus, une mère mourante sauve un enfant doré de la catastrophe. Il s'agit bien évidemment du petit Niyazov qui ne pouvait avoir qu'un grand destin!
Un peu plus loin se trouve un ensemble équestre dédié à la célèbre race de chevaux turkmènes les "Akhal-teke". Au pied du monument, l'inévitable Niyazov.
On passe ensuite devant un monument étrange dédié au Ruhnama.
Le Ruhnama est le livre du grand tout que cet illuminé de Niyazov a écrit pour son peuple bien aimé. Il prétend expliquer le monde, de l'agriculture à l'éducation en passant par la médecine.
On pourrait en rire si le dictateur n'avait pas imposé son livre dans l'enseignement comme seule source de savoir.
Évidemment Bouygues s'était empressé de faire traduire en français ce livre édifiant pour gagner avec succès de nouveaux marchés.
Pour les incrédules voici un lien qui vous permettra de connaitre la portée de cet ouvrage: Ruhnama
Il paraît qu'en certaines occasions, le livre s'ouvre. Cependant vue la taille du bouquin, les moteurs qui permettent ce prodige se grippent. Les occasions se font rares!
Voici une vidéo sur les rapports de Bouygues et Niyazov qui se passe de commentaires.
Vincent nous emmène ensuite dans un petit café branché, le "Sim-Sim" où on va se boire une petite bière du même nom. Les tables sont à l'ombre dans un petit jardin et il y a de la musique rock. Vincent nous explique que c'est là qu'il passe une partie de son temps quand il est à Achgabat. C'est l'endroit branché des jeunes de la capitale. Comme il commence à se faire tard, on décide de dîner dans ce lieu plaisant. Jackie mange du poisson avec des légumes et moi une grande salade.
Nous rentrons vers 21h. Après une bonne douche, nous nous endormons immédiatement.
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