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26 Mars Route pour Dekhistan

Nous nous réveillons, Jackie et moi vers 5h30 du matin, parfaitement reposés. Sans faire de bruit nous descendons à la salle de bain prendre une douche.
Celle ci est très agréable car le chauffe eau marche en permanence.
Nous sommes en pleine forme, le soleil commence à se lever mais pas question de faire une balade dans le village sans réveiller tous les chiens du quartier.
Au loin un âne braie puis un autre. En écoutant mieux on s’aperçoit que c'est le muezzin qui appelle à la prière.
On regagne notre chambre en attendant l’heure du petit déjeuner.
Vers 7h tout le monde s'ébroue et vient l'heure du petit déjeuner tant attendu.
Nos hôtes se sont mis en quatre: confiture, œufs brouillés excellent, fromage..
La collation terminée, nous prenons congé de ces charmants villageois. Direction l'oasis de Dékhistan à 480 km de là, dans le sud ouest du pays où se trouvent les ruines de l'ancienne cité Misirian qui a duré plus de 3000 ans et qui s'est éteinte au XV ème siècle. Un trajet de 7h nous attend s'il ne pleut pas et que la piste devienne impraticable.
Aujourd'hui, comme prévu nous changeons de véhicule. C'est l'ainé des frères turkmènes qui conduit. Il parle un tout petit peu anglais mais chose extraordinaire, très bien le chinois qu'il a appris à l'école.
Comme la vie est difficile au Turkménistan, il va souvent en chine pour acheter du matériel informatique et le revend dans son pays. De ce fait il parle parfaitement, d'après Vincent, le mandarin.
Pas plutôt partis, nous nous arrêtons à la sortie du village pour admirer un platane multicentenaire.

Le réseau de distribution de gaz est constitué de tuyaux qui courent à l'air libre tout le long de la route. Ils sont souvent dans un état vétuste. Batir nous explique qu'il vaut mieux qu'ils ne soient pas enterrés car c'est plus facile de réparer les fuites. Il suffisait d'y penser! D'autant que des fuites, il y en a. On voit souvent des petits geysers qui s'échappent. Dès que le tuyau rencontre une route ou un chemin, il fait comme un portique pour laisser passer les véhicules.En voilà un exemple caractéristique:
Dans cette région 80% des voitures sont des Opel Vectra. On n'en a jamais vu autant de notre vie. J'ai l'impression que celle que nous avions était une voiture turkmène.
Pour nous faire plaisir, le chauffeur nous met une cassette. On a droit à Vanessa Paradis, Joe Dassin, Sting;. Après ça devient plus supportable avec des musiques de danse ouzbèkes, turques, turkmènes.
Après avoir traversé des kilomètres de champ de coton, il est l'heure de faire une petite pause Nescafé au bord du canal du Karakum.
Quand on pense que cette eau va finir pas se perdre un peu plus loin dans le désert car le canal n'arrive pas jusqu'à la mer Caspienne.
Nous reprenons notre route dans le désert. Ce n'est pas un désert de dunes mais un désert assez minéral avec beaucoup d'arbustes de saxaoul. Ce dernier a la particularité d'avoir des racines qui descendent à plusieurs dizaines de mètres pour trouver de l'eau. Batir nous raconte que les turkmènes plantent des graines de melon dans ces racines pour pouvoir disposer de son eau.
Nous arrivons à Serdar la ville natale de Batir. C'est une ville moyenne de 60 000 habitants. Notre première halte est la station service. Les voitures ont soif. L'ancien nom de la ville était Gizilarbat ce qui veut dire "belle femme". Évidemment  Niyazov est passé par là et a renommé la ville comme tant d'autres.
Comme tant d'autres aussi, elle est parsemé de nombreux panneaux de propagande avec le portrait du nouveau président et futur dictateur. Je trouve qu'il a un petit air de Ben Ali, l'ex de Tunisie.
Batir nous dit que c'est la seule ville où il y a une église catholique du pays. En effet, au XIX ème siècle il y avait une importante colonie polonaise qui participait à la construction du chemin de fer transcaspien.
Nous partons ensuite au marché. Il nous faut faire des courses pour deux jours car ce soir nous campons à Dékhistan. C'est un marché à moitié couvert où on vend de tout. Les gens sont très chaleureux et veulent tous qu'on les prenne en photo.


On tombe sur l'inévitable flic qui nous ordonne de cesser de prendre des photos. Évidemment on obtempère. Pour se venger on se divise en groupe de deux. Il a du mal  à choisir lequel suivre.
Les chauffeurs ont acheté du poulet, une marmite et des condiments pour le faire mariner. Vincent et Batir ramènent eux du super bon pain, des oranges, des bananes, du  fromage, du saucisson de poulet, de la confiture,etc. Je pense qu'on ne mourra pas de faim!
Et voilà on repart après avoir acheté une cargaison de bouteilles d'eau.
Nous roulons maintenant sur une petite route après avoir quitté l'axe Achgabat Tukmenbashi. En haut d'une côte, on tombe devant un décor minéral magnifique avec au loin les montagnes qui marquent la frontière avec l'Iran. Le sol est rempli de trous d'où sortent de petits rongeurs, les "sousliks" que nous avions tant attendus lors de notre voyage sur le transsibérien.
Il y a un aigleroyal énorme avec une tache blanche sur chaque aile  qui tourne dans le ciel. Attention à vous les sousliks!
En plein désert on tombe sur un contrôle des passeports. Au bout d'un quart d'heure les militaires nous laissent repartir. C'est parait-il le dernier poste avant la frontière iranienne. Les militaires turkmènes ne sont pas armés, du moins ce qu'on voit aux postes de contrôle. La coercition , car il en faut une dans une dictature, n'est vraiment pas visible. C'est curieux!
Il est maintenant l'heure de manger, on s'arrête pour le picnic. Les chauffeurs ont amené des tables et des chaises faciles à monter. Le coin bien qu’aride est parsemé de coquelicots et des tulipes.

Après ce petit repas, nous reprenons la route sur des airs de musique turkmène.Nous traversons une zone où des centaines de tortues se baladent partout et même sur la route. Les chauffeurs doivent constamment faire des zigzag pour les éviter. Heureusement qu'il n'y a personne d'autre sur la route.Intrigués, nous nous arrêtons pour aller les observer. Il s'agit de petites tortues semblables à des tortues de Hermann mais plus petites.Il semblerait qu'elles soient en période de reproduction. La preuve cette petite danse nuptiale.
Dans cette région, le paysage change très souvent. Ici des collines surmontées d'une plaque sombre qu'on dirait bâtie par l'homme.

Un peu plus loin un désert presque blanc avec des formations qui ressemblent à des pyramides.

 Encore un peu plus loin un canyon en formation. On ne peut s'approcher trop près tant le sol est friable.


En fait, il n'y a pas eu besoin d'une grande pente pour que l'eau creuse ce canyon. En période de pluie, elle attaque directement le sol très friable pour le faire s'écrouler par pans entiers.
Si on continue à s'arrêter chaque fois qu'un nouveau paysage à couper le souffle apparait, on n'est pas rendu!
Au détour d'un virage, un espace vert avec une femelle dromadaire et son petit gardés par deux enfants.
De nouveau, on a droit à un contrôle de police. Faudrait pas confondre avec un contrôle de l'armée hein!
Ce contrôle comme les précédents ne pose aucun problème. La route se transforme maintenant en piste plus que précaire. Au bout de plusieurs heures on arrive dans le village de Shahman perdu au bout du monde. On se demande de quoi les gens peuvent vivre ici. Vincent parle d'y instaurer une nuit chez l'habitant lors de ses futurs voyages. Les rues sont complètement défoncées par les intempéries. Même nos 4X4 ont du mal à avancer. Il nous faut près d'une heure pour traverser ce hameau. Lorsqu'il pleut cela doit être dantesque!
Enfin au bout d'une dernière heure de piste, au coucher du soleil, nous apercevons les ruines de Dékhistan. Le spectacle est vraiment magique.

Nous nous installons en dehors du site archéologique interdit au camping, non loin de la seule maison du coin.
Pendant que nous montons les tentes, les chauffeurs ont allumé un feu de bois et font cuire le poulet acheté le matin même.
Les tentes igloo pour deux personnes sont très faciles à monter. Il suffit de les lancer en l'air et elles s'installent toute seule. Il en est de même pour les matelas auto gonflants. Il est loin le camping de notre jeunesse avec les piquets, les sardines, les doubles toits...Vincent a même prévu des duvets.C'est le luxe.
Les chauffeurs nous offrent la vodka en guise d'apéritif. Au moment de passer à table, deux chiens venus d'une ferme située à des kilomètres de là viennent quémander les os du poulet, fort bon au demeurant.
Le repas terminé, après avoir observé quelques instants un ciel dépourvu de toute pollution lumineuse, nous nous glissons dans nos tentes respectives. Le sommeil est un peu long à venir car les chiens mêlent leur voix à celles des chacals.




1 commentaire:

  1. Merci d'avoir mis des images sur ce pays à faire pâlir d'envie le pouvoir nord-coréen ! On y retrouve l'ambiance de l'Irak des années 80, quand les entreprises françaises allaient travailler pour notre ami Saddam Hussein. Je ne peux que recommander la lecture de l'article de David Garcia "Bouygues, le bâtisseur du dictateur" dans le Monde Diplomatique de mars 2015. Longue vie à nos fleurons industriels nationaux !
    Bruno

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